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Paul Claudel

Enracinement dans une généalogie appelée à devenir prestigieuse (les trois Alexandre Dumas ont été célébrés par la France), et réhabilitation du premier général nègre des armées françaises, injustement mis sur la touche par un Napoléon à la fois déloyal et jaloux - les débuts difficiles du romancier dans la vie étant la conséquence directe de la damnatio memoriae dont l’empereur aurait voulu frapper celui qui pouvait être considéré comme un opposant politique, et un rival militaire.

Paul Claudel

On peut parler, à propos des chapitres III à XX des Mémoires, d’une geste du général Dumas, réhabilité à la fois comme personnage historique, comme personnage héroïque et comme personnage romanesque par la plume de son fils. Les thèmes associés à cette figure tutélaire du père vont d’ailleurs irriguer l’œuvre, à travers des personnages comme celui de Porthos.

Récit vif, enlevé, à travers lequel l’auteur fait revivre son père enfant dans le décor de Saint Domingue : paysage de bord de mer, nègre assis dégustant ses patates, réplique en créole (la voix de l’île) avec sa traduction, ébauche de la figure héroïque du père (course athlétique, référence à Marathon), mise en écho ironique avec le goût à venir de celui-ci pour la chasse (ici c’est lui le chassé !), mise en écho aussi avec la propre enfance du romancier sous la tutelle du jardinier Pierre grand chasseur de reptiles, et du nègre Hippolyte réputé pour ses naïvetés (Chapitre XVI).

S’y suggère une filiation aussi de conteur à conteur, de la tradition orale à la tradition écrite, le fils transcrivant, avant même sa geste héroïque, l’héritage narratif du père. Ce récit, relayé par celui de Dumas, confère au personnage du père une dimension mythique : force herculéenne, rapidité extraordinaire, puissance de conviction pour entraîner ses hommes, admiration et terreur mêlées, que cristallisent les deux titres attribués au général : Horatius Coclès (du Tyrol), et Schwarz Teufel (dans le texte). Il sera appelé un peu plus tard, au cours de la campagne d’Egypte et de la prise de la Grande Mosquée du Caire, « l’Ange » par les Cairotes (chapitre XIII).

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