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Le projet

On trouve aussi bien dans les Mémoires de Dumas le récit la révolution de 1830 ou de l’épidémie de choléra de 1832, que celui de l’enfance espagnole de Victor Hugo, grand ami de l’auteur, ou de la vie de son contemporain Eugène Sue, comme encore une biographie de Byron, ou des considérations sur « le maire d’Eu ». Il s’agit donc non seulement d’un récit rétrospectif de la vie de Dumas, mais aussi d’une fresque (dix volumes chez Lévy) de la vie politique et artistique de l’époque.

Mes Mémoires relèvent donc aussi d’un travail oblique sur l’Histoire, telle qu’elle a été vécue par un témoin et acteur des grands événements artistiques et politiques de son temps. Il s’agit en quelque sorte, pour le premier tiers du XIXe siècle, d’une démarche complémentaire de celle qui, pour le passé, a conduit Dumas à rédiger ses romans historiques. Il semble – et sans doute est-ce parfaitement délibéré – que Dumas réponde ainsi au projet de Chateaubriand tel que celui-ci l’énonce.

Mes Mémoires sont composés à la diable, sur le mode de la juxtaposition chronologique ou de l’enchâssement, voire de l’inclusion, du « collage » de documents entiers, sans pour autant négliger un travail de documentation qui semble assez sérieux. Ils mettent en œuvre un art du récit typique de Dumas père (l’usage de l’adjectif possessif en souligne aussi la dimension subjective), où se manifestent à plein, et sans suspicion de collaboration avec des nègres, sa verve, son sens du portrait et du dialogue, son amitié bienveillante ou son irrévérence, son penchant parfois à la réécriture de l’histoire, aussi… constituant une galerie de personnages et de moments saillants, une « chronique » de la première moitié du XIXe absolument irremplaçable, et inégalée.

Sylviane

Or il est remarquable que, sur les deux-cent-soixante-quatre chapitres que compte l’ouvrage, les vingt premiers soient consacrés à la figure du père, le général Thomas-Alexandre Dumas, né Davy de la Pailleterie. Comme le manifeste le tableau généalogique, le futur général Dumas est le fils d’une esclave (d’une affranchie ?) haïtienne, Louise Cessette (du moins est-ce ainsi qu’il la prénomme, alors que la généalogie officielle l’appelle Marie), et la question de la bâtardise de son fils est posée dès le premier chapitre, bâtardise récusée, dont l’ombre portée a retenti sur le romancier.

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